HAITI -- Jacques-Edouard Alexis a annoncé que le nombre de déportés venus des Etats-Unis doit passer de 25 à 100 par mois. Le Premier ministre qui en fait l'annonce jeudi, au Parlement, a révélé que les Etats-Unis ont menacé de suspendre leur aide à Haïti. Les visas américains des officiels haïtiens qui s'opposeraient à cette décision pourront aussi être révoqués.
L'ambassade des Etats-Unis à Port-au-Prince, moins de 24 heures plus tard, a apporté un démenti formel aux propos de Jacques-Edoaurd Alexis en rapellant la dernière contribution financière de 41 millions de dollars destinée à l'amélioration de la sécurité, la réforme de la justice et la réintégration des déportés.
Joint au téléphone par le journal, Sheila Mayam, attachée de presse à l'ambassade américaine, a déclaré que « les gouvernements américain et haïtien se sont engagés dans un dialogue sur la question des déportés et de leur réintégration dans la société haïtienne depuis que le gouvernement haïtien a accepté de recevoir ces citoyens qui ont achevé de purger leur peine aux Etats-Unis. Ce dialogue se poursuit. A aucun moment, au cours de ces discussions, des fonctionnaires américains n'ont annoncé que l'aide des Etats-Unis à Haïti était en danger ».
« Les Etats-Unis continuent de supporter les efforts d'Haïti pour aborder la situation de sécurité par une profonde réforme du système judiciaire et de la police. A cet effet, les Etats-Unis ont fourni 40 millions de dollars comme soutien et 1 million pour la réintégration des déportés », a-t-elle ajouté. S'agissant de l'annulation de visas, l'attachée de presse de l'ambassade a indiqué que « les dispositions de la loi des Etats-Unis tiennent comptent d'une interruption possible dans l'émission de visas si le gouvernement n'engage pas ses responsabilités souveraines et n'accepte pas ses citoyens qui n'ont aucun droit légal de rester aux Etats-Unis après leur libération de prison ».
« Cette loi ne concerne pas le gouvernement haïtien exclusivement. Nous avons dit au gouvernement que de telles dispositions existent. Mais nous n'avons jamais proposé qu'elles soient appliquées », a-t-elle précisé. «Il n'y a pas eu de menace. Je n'étais pas présente lors de la rencontre entre le Premier ministre Jacques-Edouard Alexis, l'ambassadeur Janet A. Sanderson et la représentante Jeanne Schakowsky. J'ignore le contexte d'une telle déclaration. Mais je peux vous affirmer qu'il n'y a pas eu de menace», a réitéré Sheila Mayam.
A l'issue d'une invitation à la Chambre des députés, le Premier ministre Jacques E. Alexis avait révélé ces informations alors qu' il pointait du doigt les déportés dans l'augmentation des actes de kidnapping.
Selon Alexis, « les ravisseurs de l'ex-ministre des Finances Fred Joseph parlaient anglais et consommaient de la marijuana pendant qu'ils le torturaient ». Avant son départ pour Madrid la semaine dernière, Jacques-Edouard Alexis avait affirmé que deux déportés sont suspectés dans le kidnapping et l'assassinat de la jeune Farah Natacha Kerbie Dessources.
Le chef du gouvernement a regretté le rejet par les Américains de sa proposition pour que ces criminels ne purgent pas l'intégralité de leur peine aux Etats-Unis. Une proposition assortie de la construction en Haïti d'une prison au standard acceptable.
« Il n'existe aucune provision légale permettant à la justice haïtienne de garder en prison des citoyens qui ont purgé leur peine en territoire étranger. Si c'était le cas, n'importe quel avocat pourrait facilement les remettre en liberté », a-t-il indiqué. Le dossier des déportés est une véritable pomme de discorde entre les Etats-Unis et Haïti. Le vendredi 15 septembre 2006, les points de vue entre Janet Sanderson et le Premier ministre haïtien Jacques-Edouard Alexis sur le dossier des déportés haïtiens étaient aux antipodes.
« Nous ne sommes pas convenus que les déportés créent beaucoup de problèmes », avait indiqué l'ambassadeur Janet A. Sanderson qui a néanmoins reconnu que « ces Haïtiens d'origine » ont vécu et acquis leur expérience (formation) criminelle aux Etats-Unis avant d'être déportés. « Le problème des déportés est une responsabilité du gouvernement haïtien », avait-t-elle indiqué lors d'une conférence de presse conjointe avec le chef du gouvernement haïtien pour parapher un protocole d'un don de 492 millions de dollars des Etats-Unis à Haïti, sur 3 ans. Elle a reconnu que la situation de la sécurité en Haïti était délicate.
« Contrairement à l'ambassadeur Sanderson, nous pensons que les déportés créent beaucoup de problèmes dans la stabilité du pays », avait lancé le chef du gouvernement haïtien. Jacques-Edouard Alexis avait indiqué que les autorités haïtiennes recevaient « ces déportés aux dossiers lourds » alors qu'elles essaient de remettre de l'ordre.
Reconnaissant la responsabilité de la gestion de la question des refoulés, pour la plupart des repris de justice, M. Alexis, à l'époque, disait rechercher une entente avec le «gouvernement américain pour gérer ce problème». Une entente qu'il faudra trouver puisqu'il s'agit aujourd'hui d'accusations et de démentis.
Certains pays de l'Amérique latine dont le Honduras, le Salvador, le Guatemala, pour lutter contre les agissements criminels des gangs de déportés- plus de 60.000 -, ayant des ramifications aux réseaux mafieux internationaux, ont développé des partenariats et mis en place des structures conjointes pouvant les permettre de lutter contre l'action criminelle des déportés. Ils se sont donné, au nom du droit à la sécurité de leurs citoyens, les moyens légaux, policiers pour lutter contre ces bandits dont beaucoup ont rejoint le Mara, le plus grand gang de l'Amérique latine.



