HAITI -- La violence change de quartier au gré des conjonctures. Après Cité Soleil elle s'est déplacée vers Pétion-Ville. Depuis quelques semaines, c'est à Martissant qu'elle s'est établie. Dans cette banlieue sud de Port-au-Prince une vive tension règne au niveau de la population depuis la mort, dimanche 3 décembre, du policier André Jean Noël. Selon nos informateurs, la victime qui allait accomplir son devoir citoyen était proche de Baz Pilat, une organisation populaire de la 1ère Avenue.
D'après des sources contactées par Le Nouvelliste, la Rue Bourjolly, l'une des principales artères de Fontamara, est ce mercredi matin déserte. En raison de lourdes et répétitives détonations, les résidents se terrent chez eux. Les 1ère, 2e et 3e avenues sont bloquées à toute circulation de véhicule. On a constaté aussi un début d'exode.
Selon des informations recueillies, « quatre nouveaux corps ont été découverts. Les cadavres de deux personnes tuées par balles gisaient sur des immondices ». Les activités de transport en commun sont très affectées. Un encombrement s'étend le long de la Nationale numéro 2. Les commerçants de Martissant déclarent être obligés de fermer boutique. Le secteur informel déserte les trottoirs et le marché ne voulant pas être victime de la rivalité entre deux gangs rivaux : Baz Pilat de Bolosse et Lame Timanchèt de la rue Sainte Bernadette.
Des témoignages de personnes vivant à Martissant laissent croire que des membres de Lame Timanchèt pratiquent des raids meurtiers et violent des jeunes filles. Baz Pilat est considérée, suivant ces témoignages, comme garante de la sécurité des résidents des avenues Bolosse. L'assassinat du policier André Jean Noël est venu mettre le feu aux poudres.
Des hostilités entre des gangs à Martissant ont fait la une de la presse. L'arrestation d'un leader d'organisation populaire avait soulevé la colère des membres de Lame Timanchèt qui pratiquaient des représailles quotidiennes sur la population pour exiger sa libération.
Ces actes de violences sur la population civile se produisent dans un contexte où les cas de kidnapping montent de façon époustouflante à la capitale jetant une psychose de peur dans les familles. Le kidnapping a détrôné le sida en termes de monopole de la peur. Le gouvernement qui maintient encore la stratégie de « la négociation avec les bandits » ne rassure pas les citoyens.
Des groupes de la société civile demandent à la population d'observer le 11 décembre prochain une journée de protestation contre les actes de violences qui endeuillent la capitale et traumatisent les individus. Des étudiants ont manifesté le mardi 5 décembre devant la Primature pour protester contre l'insécurité. Des soldats de la Minustah ont tiré pour disperser les manifestants. La Conférence Episcopale s'est élevée contre la situation de violence dans le pays en questionnant sur le rôle de stabilisation des forces onusiennes en Haïti. Dans l'opinion, on craint que cette guerre de caïds de Martissant ne soit la face visible de l'iceberg d'une violence plus générale dans la capitale, car la Police nationale se montre jusqu'à présent impuissante à réprimer les gangs armés.



