Kidnappée par erreur

POSTED: 12:00 AM, December 6, 2006
AUTHOR: LeNouvelliste.com
HAITI --  Kidnappée, elle a été conduite à Cité Soleil, le plus grand bidonville de Port-au-Prince, jeudi dernier. Kathy raconte qu'elle sortait ce soir-là pour la première fois avec un agent civil haïtien de la MINUSTAH, un monsieur dans la quarantaine que nous appellerons Ronald. Elle, 18 ans, faisait pour la première fois une virée nocturne avec lui. Ronald a garé sa voiture sur la route de Nazon pour se soulager dans un petit coin quand, tout à coup, Kathy vit quatre revolvers pointés en sa direction. « Couchez »! ont aboyé ces jeunes hommes. Ronald vida les lieux aussitôt ; la voiture démarra en trombe.

« Après avoir franchi Cité Soleil, on me banda les yeux », déclare Kathy les larmes aux yeux. On la présenta au boss (nom qui désigne le chef de gang). Celui-ci la regarda, l'analysa, puis tonna : « Kòman nou fè sòt konsa a ! Nou pa gen foto moun mwen mande nou an nan men nou ? » Sur ses entrefaites, Kathy fut conduite dans une petite pièce. Les subalternes lui menacèrent avec leurs armes, glissant les revolvers tout le long du corps de la jeune fille tout en proférant des phrases grossières.


La nuit la plus longue de Kathy

Kathy tremblait. Les kidnappeurs lui ont promis une nuit chaude. L'un d'entre eux saisit son téléphone portable, joignit au bout du fil sa cousine et négocia dix mille dollars américains. Sa cousine rétorqua qu'elle n'a que dix gourdes. Les parents de Kathy sont de très modestes conditions; d'ailleurs, c'est justement pour cela qu'elle commerce son charme au quadragénaire de la MINUSTAH. « Les kidnappeurs ont taxé ma cousine de comédienne et ont juré de me faire connaître le même sort que Natacha si dans un court délai ils n'apportent pas les dix mille dollars », explique-t-elle la voix cassée.

Une femme vint lui servir à manger. Elle avait le coeur serré, les lèvres sèches, la gorge nouée et ne toucha pas au souper. Kathy ne ferma pas l'oeil de la nuit. Dans la pièce d'à côté, des enfants pleuraient, des éclats de voix, de rires lui parvenaient. Des bruits de pas, résonnant dans le corridor l'inquiétaient. Le grincement lugubre des portes lui glaçait le sang. La nuit était longue, les minutes ne passaient pas. Par intervalle régulier, elle entendait des crépitements d'armes. Son coeur s'affolait. Elle se demandait, la peur au ventre, si elle verrait le lendemain.

L'ordre du boss

Au petit jour, le boss intima l'ordre à l'un de ses soldats de conduire la jeune fille hors de la Cité. L'un d'entre eux protesta. « Nou p ap voye l ale sèk konsa. Gad gwosè dada l ! » Un regard suffit pour qu'ils comprennent le message lancé par les yeux d'un commandant qui inspirent la crainte. Celui-ci fouilla dans sa poche et remit à Kathy 122 gourdes pour une course de taxi.

En reconduisant Kathy hors de Cité Soleil, les kidnappeurs lui jurèrent qu'ils ne rateront pas la prochaine fois Ronald et sa femme.

Le matin même, Kathy et sa cousine se rendirent à l'église pour remercier le ciel. Le reste de l'argent fut donnée à la dîme.

Le drame de Kathy, aujourd'hui, chaque soir, elle revoit en scène qu'on l'enlève. Depuis, elle ne veut pas se rendre à l'école. Ne faudrait-il pas à cette jeune fille un encadrement psychologique ? La question fit rire la cousine de Kathy qui suivait notre entretien. La psychologie, en Haïti, est un luxe pour les gens qui vivent dans de modeste condition.

Claude Bernard Sérant
serantclaudebernard@yahoo.fr
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